dimanche 17 février 2008

Mr Minmolle, intellectuel du quartier.

J'en avais marre de me retrouver tous les midis sur la terrasse de ce bistrot, toujours les mêmes hot-dogs, la même bière, le midi-libre identique à celui de la veille et les mêmes tronches. Tiens celle-là par exemple commence sérieusement à me répugner. Le type à la main molle. Avec sa gueule qui s'affaisse et ses écouteurs sur les oreilles. Son regard gluant quand il te serre la paluche et qu'il te répond pas quand tu lui dis bonjour. Et bien là, ce type aller égayer ma digestion. Il se pointe vers-moi, sans les écouteurs et me parle. Je reste pantois : il sait parler de manière intelligible. Et là tout va très vite. Il s'excuse de me rentrer dedans là comme-ça pour me parler de ce qu'il va me dire de manière un peu abrupte me laissant le temps de me demander mille fois ce qu'il va me demander, du pognon, du shit, ma chemise, du feu, une chanson, une clope, un stage de théâtre, non rien de tout ça mais est-ce que je peux lui présenter des filles. Réclamation hors catalogue, je sèche, je plante quelques secondes. Ben, oui quoi je suis toujours avec plein de filles. Ah ben c'est vrai ça depuis longtemps, mais... Mais c'est pas du tout pour la drague, c'est pour échanger, discuter... Ah ben d'accord, si tu l'dis je comprends ton désarroi mon bonhomme mais c'est juste des copines de longue date, ma tribu quoi, pi c'est qu'elles sont prises... C'est pas pour la drague mais effectivement si elles sont prises forcément... Ah ben oui c'est moins simple... Bon ben merci je vais continuer à chercher... Franchement y a pas d'quoi, pas de problème et bon courage... Puis il retourne à sa table non sans me dire à quelle point ma copine est mignonne. Là, c'est moi qui est l'impolitesse de ne pas répondre, je me marre doucement.

Bah, c'est vrai que c'est pas facile, je ne t'en veux pas et me persuade que tu ne t'approcheras pas de ma femme qui n'est plus une adolescente interchangeable. Puis franchement pour une fois qu'il m'arrive quelque chose à moi !

samedi 9 février 2008

Que la joie demeure

 


Il lui dit qu'il a envie de céréales jaunes sous le ciel bleu de ses quatre ans. Elle lui répond qu'elle préfère rester dans sa salle de bain. L'eau fumante y attend que la peau de ses fesses y entre. Elle mettra la radio en position tout venant lavage de cerveau.

Elle s'isole dans ces quatre murs au milieu de quatre murs au carrefour de quatre rues, nue.

Elle pense à ses champs de tournesol pendant que lui reste dans son canapé. Les bolides tournent dans le salon. Il est seize heures. La pluie ne veut pas tomber. La rue est grise. Le temps s'emmerde. Plus qu'une heure avant la nuit. Avant qu'elle n'allume la terne lumière du plafond. Les meubles ne sont déjà plus que des ombres. 

Sur le rebord de la baignoire, les flacons lisses ont des teintes unies, parfois nacrées. A la fin du Grand-Prix aussi. Ce sont les mêmes en vrai, donc en plus petits. Celui-ci contient le shampooing. Une pâte gourmande, parfumée à la fraise et d'une densité exquise. Ça mousse et ça bulle. Elle se laisse glisser dans l'eau pour se rincer les cheveux. L'eau monte jusqu'à la limite des yeux.

Il pleure.
Il se sent vieux. Mais la bière est amère et c'est bon signe.
Blonde. Et le houblon. Vert.
Elle se glisse contre lui. Son corps a la couleur de la peau chaude.
Il va mieux.